Intégration Inch’Allah, témoignage du parcours de primo-arrivants

Intégration Inch’Allah suit un groupe de primo-arrivants qui participent à des cours d’intégration à Anvers. À l’occasion des projections de ce documentaire dans À Films Ouverts, nous avons rencontré son réalisateur Pablo Muñoz Gomez.


D’où vous est venue l’idée de réaliser ce film portant sur la politique d’intégration ?

Pablo Muñoz Gomez  : Il y a quelques années, j’ai réalisé un court-métrage, « Welkom », qui parlait du nationalisme flamand. Au moment où je l’écrivais, il y a eu toute une polémique par rapport à un kit d’intégration pour les primo-arrivants qui arrivaient en Belgique. Ce kit était très drôle parce qu’il transmettait de gros clichés, par exemple, que les Flamands allaient se coucher à 22 heures, qu’ils aimaient la bière et mangeaient des gaufres. Donc à l’époque, j’avais un peu surchargé mon écriture en jouant sur l’absurde pour que mes personnages aillent, à un moment donné, dans un cours d’intégration. Par la suite, j’ai voulu développer la réflexion sur ce sujet à travers un documentaire dont la longueur permettrait de mettre en avant toute sa complexité.

Pour réaliser ce film, vous êtes entré en immersion dans un centre d’intégration de la ville d’Anvers, est-ce que cette expérience a changé le regard que vous portiez sur ces centres et ces cours d’intégration ? Avez-vous été surpris ?

La première surprise pour moi a été de voir que ces centres étaient très bien organisés et bien conçus. Par exemple, l’idée de donner des cours d’intégration dans la langue des gens, c’est-à-dire d’assumer plus de 30 langues différentes pour les 5 000 personnes qui les suivent chaque année à Anvers, c’est tout de même très bien pensé. La deuxième surprise a été de constater que les participants, les « Inburgerers » comme on les appelle là-bas, sont très contents de recevoir ces cours d’intégration et d’avoir accès à des services faits pour eux afin de les rendre autonomes en Belgique. Recevoir un cours dans ta langue en arrivant dans un nouveau pays est selon moi un geste symbolique d’accueil. Tout cela a nettement nuancé mon avis car je partais avec un a priori négatif.

Dans ce climat actuel de tension vis-à-vis des immigrés, votre film soutient-il l’interculturalité ?

Je pense qu’il y contribue. J’espère que le spectateur a l’impression d’avoir rencontré les personnes que j’ai filmées et qu’il puisse du coup s’ouvrir à eux, à leur mode de vie, de pensée et qu’il arrête de ne les voir qu’à travers des clichés. On entend parler de ces gens tous les jours, mais on ne les entend pas parler de leur situation, de leur vécu. On entend énormément de choses à leur sujet, mais on ne sait pas qui ils sont. Mon film veut leur donner la parole et permettre de rencontrer l’Autre, avec un grand « A ».

Peut-on selon vous « apprendre » une culture ?

Non, je ne pense pas. Par contre, je pense que l’on peut s’ouvrir à une autre culture et ne pas la voir comme un ennemi. Je crois que c’est le but premier d’un cours d’intégration. Une citation m’a un peu accompagné tout au long du film : « un homme peut quitter son village, mais le village ne quittera jamais l’homme ». On ne peut jamais abandonner sa culture quand on arrive dans un pays. Ça ne se passe pas comme ça, la culture fait partie de nous, en tant que personne, nous sommes un objet culturel. Par contre, je crois qu’on peut s’ouvrir et découvrir une culture avec grand plaisir. Toutes ces théories nationalistes…, je n’y crois pas une seule seconde, je crois que c’est juste une question d’ouverture et d’éducation à l’autre.


Le réalisateur belge Pablo Muñoz Gomez, a suivi des études à l’IAD (l’Institut des Arts de Diffusion) de Louvain-La-Neuve. Il a depuis réalisé le court métrage « Welkom », et le documentaire « Intégration Inch’Allah » qui traitent tous deux de la thématique de l’immigration.